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Ramer plus fort

Glas gaelach
Coucou tout le monde, :)

Encore une autre de mes brèves apparitions! C'est un peu par hasard que je me retrouve ici, car je planchais sur autre chose ce soir. J'étais en train de rechercher un texte que j'avais écrit dans un de mes échanges courriels, puis suis tombée sur un autre. Vous ne serez pas surpris si je vous dis qu'il s'agissait encore d'un de ces courriels-essais-fleuves vers lesquels je glisse inexorablement dès que j'essaie de dire «bla» - tâche impossible, il va sans dire, sauf quand on est furax pis qu'on n'a pas le goût de s'expliquer ;)

Dans l'optique de ne pas oublier à nouveau cet essai fleuve dans l'océan de courriels de mon gmail, je me suis dit que j'allais simplement «l'archiver» ici. Libre à vous, bien évidemment, de vous en taper la lecture ou non.

Sinon, well, j'espère que tout le monde va bien. Heureuse de t'avoir revue dernièrement, cousinette kanthara:) Et j'ai bien hâte de te voir à Montréal, Greenie breizh (zut, je me souviens pu de mon html, c'est poche!).

De mon côté, ça va bien. Le temps file comme c'est pas possible, de beaux projets en perspective, une Douce tout aussi extraordinaire qui s'échine sur l'écriture de son mémoire. Yé :) Mais des fois, j'ai sérieusement l'impression de m'éparpiller. J'ai un feeling de «too much data» pis que ça me sort des oreilles. C'est pas la souffrance ultime, s'entend. Ya des choses pire que ça dans la vie. C'est juste «confusionant» et ça donne l'impression de se transformer, au fil de l'âge, en professeur Tournesol version cheveux longs.

Alors voilà, en gros. J'introduis tout de suite ce texte, puis me remets à mon travail. Il date de trois ans, mais je trouve qu'il demeure toujours à propos. Ya peut-être juste quelques trucs que j'ajouterais, suite à des réflexions ultérieures qui ont émergé dans le cadre d'expériences militantes, et suite à la lecture de Inclusion and Democracy, d'Iris Marion Young.

***

[Dans son courriel, NouvelleActiviste! me partage une discussion épuisante au sujet de l'homophobie. Elle affirme comment elle s'est sentie frustrée du manque d'écoute]

Bonjour [NouvelleActiviste!],

Ça me touche que tu me confies tes états d'âmes suite à cette discussion. À vrai dire, ta confidence touche une corde sensible. Je me suis longtemps sentie exactement dans ta position. Aujourd'hui, ce n'est heureusement plus le cas.

Je pensais te répondre avec un bref courriel, mais fidèle à moi-même, je me suis plongée dans une composition qui a pris une vie propre. J'aimerais évidemment te donner un petit coup de pouce, aussi minime soit-il pour t'aider à mieux affronter ce type de situation. C'est cependant délicat, dans ce type de situation, d'arriver avec des conseils. Il est facile de déborder dans le paternalisme ou la pédanterie. Je t'enjoins donc, si tu as le courage ;) de lire le volumineux courriel qui suit, d'en prendre et d'en laisser à ta guise.

Curiosité, comme ça : Est-ce que ça t'a déjà arrivé plusieurs fois d'être dans cette situation? Te sens-tu généralement à court d'arguments quand ça arrive?

En tout cas, tu as toute ma sympathie. Les discussions intenses, j'ai connu (et je connais encore, à l'occasion). Ça me décevait profondément de sentir que mes arguments ne portaient pas et d'ignorer quoi répondre ou comment répondre à certaines personnes. J'avais l'impression, par ailleurs, qu'on ne m'accordait pas de crédit pour ce que je savais et disais.

Ma réaction à l'époque fut de plonger de plus belle dans les livres comme une véritable boulimique. Je les dévorais déjà pour leur intérêt propre, mais j'avais une motivation renouvelée de le faire. En lisant, je me suis exposée à différentes critiques des systèmes de pensée hétérosexistes (ou homophobe)/sexistes/racistes. Ceci m'a non seulement fourni des outils ou des «armes» pour défendre certaines de mes positions, mais m'a également fait prendre conscience du fait que j'avais moi-même intériorisé certains préjugés. Pas que j'étais une vilaine fille stupide, mais j'avais été exposée comme tout le monde à ces idées préconçues depuis ma tendre enfance. Je n'avais jamais eu contact avec d'autres façons de penser. Plus les gens autour de nous répètent une affirmation avec ce ton assuré et cette sorte de conviction inébranlable laissant entendre que rien d'autre ne saurait être envisageable, plus nous l'intériorisons nous-mêmes rationnellement et viscéralement comme une vérité avec un grand V. Plus tard, nous faisons notre coming out, ou nous nous découvrons des amis gais, lesbiennes, bisexuel(le)s, et nous révisons certaines de ces positions, mais rarement toutes. Ou du moins, rarement toutes d'un seul coup.

Ce qui fait que des fois des personnes nous sortent des plus ou moins grandes énormités - ou même des affirmations très subtiles - sans que nous sachions trop quoi répondre. En quelque part dans nos trippes, nous sentons bien qu'il y a quelque chose qui cloche dans l'affirmation de l'autre personne, mais nous ne savons pas comment mettre le doigt dessus ou nous ne savons pas quoi dire. Nous nous sentons un peu K.O. d'office et démunie. Te souviens-tu de cette fois où tu avais rapporté les propos de ton professeur du secondaire, qui avait justifié la condamnation de l'homosexualité sur la base qu'elle serait contre-nature? À cette affirmation, tu ne savais trop quoi répondre parce qu'elle te semblait juste et sensée, malgré le fait que la condamnation de l'homosexualité (et par extension de la bisexualité) t'embête. Normal, le concept de nature est profondément inscrit dans les notions de sens commun qui circulent dans notre société. Peu de gens sont exposés aux analyses qui révèlent la facticité de cette notion.

Une autre raison derrière les impasses de nos discussions sont les rapports de pouvoir/domination dans lesquels nous nous inscrivons:

L'âge. Beaucoup de personnes considèrent que leur âge leur accorde d'office davantage de sagesse et de jugement qu'aux personnes plus jeunes. Il y a une sorte d'investissement de prestige là-dedans. Des personnes qui ont elles-mêmes, dans leur passé, eu un statut moindre en raison de leur jeune âge peuvent se dire qu'elles méritent enfin cette reconnaissance et qu'on ne leur enlèvera pas maintenant qu'elles la détiennent. Elles se montreront beaucoup hermétiques aux propos de personnes qui remettent en question leur point de vue. S'il est vrai qu'avec l'avancée en âge il y a plus de probabilités que nous accumulions des expériences diverses permettant d'enrichir nos perspectives sur la vie, ceci n'est pas toujours vrai - ou du moins ne l'est pas sur toute la ligne.

Le sexe. Dans des débats avec des garçons, il est probable - mais pas automatique - qu'on ne nous prenne pas totalement au sérieux. Dans un groupe mixte partagé également entre hommes et femmes, les premiers auront plus tendance à couper la parole que les autres, ou à accorder du crédit à celui qui a le plus de gueule. Ceci est particulièrement vrai quand on y ajoute l'âge, où la non prise au sérieux est plus franche et dégoulinante de paternalisme: «n'est-ce pas ma petite fille?».

L'orientation sexuelle. Aux yeux de beaucoup de personnes encore, les positions exprimées par des personnes gaies, lesbiennes et bisexuelles sont particulièrement subjectives, biaisées et politiques. Les personnes hétérosexuelles qui justifient la supériorité de l'hétérosexualité ou l'exclusivité d'institutions telles que le mariage sont éminemment neutres, objectives et apolitiques. Les personnes hétérosexuelles ont l'histoire avec un grand H, la religion et le mythe de la destinée hétérosexuelle (ça étonne, dit comme ça, j'y reviendrai) pour soutenir la «validité» de leurs propos. De plus, en raison de l'opprobre que reçoivent encore l'homosexualité et la bisexualité, il est parfois risqué de les défendre et de parler en faveur de personnes lesbiennes, bisexuelles et gaies. Ceux et celles qui s'y aventurent ne doivent pas uniquement se préoccuper des arguments à fournir, ils sont également à gérer la crainte qu'on s'en prenne également à eux.

Le niveau socio-économique, tel qu'il s'exprime (aux yeux de beaucoup) par le type de linge qu'on porte et le niveau de langage qu'on utilise. Dis la même chose deux fois. La première, tu portes du linge troué, tu n'es pas maquillée, tu as des «trous tout partout» (entendre piercings), tu as des pics sur la tête. La seconde, tu es tirée à quatre épingle, tu portes un habit bien pressé, tu es maquillée, tu es coiffée proprement, tu n'as aucun trou à part dans les oreilles et tu sens bon. Si tu t'adresses à monsieur-madame-tout-le-monde, il est beaucoup plus probable qu'on accorde du crédit à ce que tu dis dans la seconde situation. Dans la première, bonne chance!

Anyways. Je dis tout ça et sûrement que ce n'est pas une nouvelle pour toi. Mais je développe pour insister sur un truc. Ces dynamiques s'ajoutent souvent à la frustration initiale que nous éprouvons quand nous sentons que nous n'arrivons pas à défendre un groupe social ou une cause qui nous tient à coeur. Nous devons alors doublement ramer, alors qu'un homme plus âgé arborant tout les signes de la réussite sociale et économique aurait probablement davantage d'impact que toi auprès de ta tante :/ (sauf exception, car je ne peux présumer de la psychologie exacte de chacun). Cette dynamique n'est pas qu'une simple question de préjugés à ton sujet, c'est l'expression de rapports de pouvoir dans laquelle tu es inscrite.

Ça, ce sont les caractéristiques sociodémographiques. Mais le pouvoir s'exerce de façon concrète dans les discussions: dans les interruptions de parole, dans la mauvaise foi, dans les sophismes de type ad hominem (notamment), dans les expressions non-verbales, dans les sourires en coin qui expriment le mépris, dans l'imposition de changement de sujets, dans la non-prise en compte d'un argument qu'on vient de formuler, dans les expressions de paternalisme, dans la monopolisation de la parole, dans la non-écoute. Etc. Etc.

Tout ça joue dans les discussions. Y a-t-il une façon de s'en sortir?

Oui, mais comme je l'ai mentionné plus haut, nous devons ramer davantage que les personnes qui sont en position avantagée. Ce qui demande beaucoup d'énergie et de préparation. Surtout quand nous avons une sensibilité aiguisée et sommes solidaires de plusieurs causes sociales. Nous souhaiterions que les gens s'ouvrent à un ensemble de réalités et cessent leurs préjugés ici-là -maintenant. Tout échec dans les discussions que nous entamons use.

La solution à mon avis n'est pas de baisser les bras - certes, c'est ma subjectivité de personne engagée qui parle - mais de développer des stratégies qui nous rendent les choses faciles. À force d'observer des débats, je me suis rendue compte que certaines approches portent plus que d'autres. Sans être infaillibles, évidemment. De même, mon engagement social des dernières années a enrichi ma perspective sur ma participation aux débats. Voici les stratégies que j'ai retenues:

L'enrichissement des perspectives (mes amis les livres): Certaines idées jouissent d'une plus grande diffusion que d'autres. Comme «par hasard», ce sont celles qui vont dans le sens du statu quo. Même si nous en entendons certains pousser des hauts cris sur «l'influence excessive» du «politiquement correct», des (méchantes) féministes, du (méchant) lobby gai, et des Noirs qui «voient du racisme partout», nous sommes encore loins de la coupe aux lèvres. Les analyses percutantes de plusieurs ouvrages féministes, anti-racistes ou altermondialistes, par exemple, sont absentes des idées mainstream. Pour une personne possédant une sérieuse sensibilité égalitaire, avoir accès à ces ouvrages permet de raffiner et fortifier sa pensée. Il faut prendre garde de ne pas la figer, cependant. C'est en s'exposant à une diversité de points de vue qu'on enrichit le sien. Cette diversité comprend également les ouvrages «d'opposants». Même si nous sommes en désaccord avec beaucoup de leurs points, nous pourrions nous rendre compte que certains sont valides. Sinon, nous pourrions minimalement nous familiariser avec les arguments qu'ils emploient, de façon à nous préparer lorsqu'ils émergeront dans une discussion.

La recherche d'espaces de ventilation et d'échanges: Parfois, nous nous sentons seuls au monde. Bon, ce n'est plus le cas pour moi puisque j'ai aujourd'hui développé un réseau d'ami-e-s avec lesquels je partage mes affinités activistes, mais ici et là, certaines personnes tiennent seules leur fort et se sentent particulièrement isolées. Si ce dernier cas est pire, porter nos perspectives peut être essoufflant même lorsque nous avons un joyeux réseau d'alliés que nous rencontrons à l'occasion. C'est ici que développer un réseau d'affinité pour pouvoir ventiler joue un rôle crucial et thérapeutique. De surcroît, comme nous ne sommes pas des clones, nos affinités peuvent varier sur certains points et nuances. Échanger avec des personnes qui partagent minimalement nos sensibilités mais pas totalement notre point de vue peut être très enrichissant. C'est là aussi que nous pouvons apporter des nouvelles perspectives et les soumettre aux autres. Nous pouvons y entretenir une culture de débat non (ou moins) confrontante qui nous aide dans les situations où les choses sont plus corsées.

La maîtrise des outils de la logique et la pratique d'échanges respectueux. Archi-important. Malheureusement, ils ne sont pas aussi répandus qu'on veut bien le croire. Des personnes peuvent avoir entretenu une culture du débat, comme je l'ai mentionné au point précédent, mais n'avoir qu'une piètre maîtrise de la logique. On sera alors plus enclin à recourir aux sophismes, au manque de respect et à la mauvaise foi. En fait, quand j'entends logique, j'entends également règle de respect. Par exemple, écouter véritablement l'autre, lui laisser le temps de finir son point, ne pas monopoliser la parole, etc. Pour moi, les marques de non-respect sont souvent des formes de compensation. Nous ne sommes pas suffisamment confiants dans nos propos alors nous intimidons l'autre. À l'inverse, nous pouvons tellement appréhender la mauvaise foi d'un interlocuteur que nous versons dans l'émotivité et le manque de respect par dépit.

Que faire quand nous sentons que la logique et le respect sont à sens unique? Rester maître de soi (à la mesure du niveau d'assurance que nous avons atteint) et nommer les choses. Nommer poliment les erreurs de logique que nous venons d'entendre «tu viens, si j'ai bien compris, de dire 'XYZ'. Il s'agit du sophisme 'x' qui consiste en ceci et cela.» Si la personne semble se braquer (c'est rarement le fun pour l'ego de se faire dire qu'on a mal jugé de quelque chose), on peut ajouter «je suis peut être 'intense', mais je m'impose la même discipline. Si tu remarques des sophismes dans ce que je dis, tu peux me les souligner». Si la personne n'a visiblement pas de connaissances au sujet des sophismes, on peut lui conseiller le fameux livre de Baillargeon «Petit cours d'autodéfense intellectuelle».

Idem pour les règles de respect. À ce niveau, si nous montrons l'exemple, il y a plus de chances que l'autre personne fasse de même et se montre davantage de bonne foi. Si nous voyons que l'autre personne persiste dans son manque de respect, nous pouvons alors lui signifier que nous allons interrompre la discussion. Si elle se fait arrogante, nous pouvons lui adresser une critique très ferme, mais sur un ton posé: la personne manque de savoir vivre, il ne vaut pas la peine d'échanger avec elle. À noter, cette affirmation aura plus de poids si nous demeurons calme à travers l'ensemble de la discussion. Si nous disons ça avec un ton enflammé, nous serons moins crédible.

La multiplicité des avenues d'expression: Si notre sensibilité aiguisée nous fait déborder d'indignation à l'endroit de la masse de préjugés que nous entendons, il est sain de se donner diverses avenues d'expression. Si les discussions spontanées sont les seules occasions où nous tentons d'exprimer nos idées, tout échec sera vécu avec énormément de frustration. Si nous avons l'opportunité de nous exprimer ailleurs dans un contexte plus favorable, par le biais de publications, de forums, de pièces de théâtre, ou de chansons, par exemple, etc, «échouer» dans une conversation sera beaucoup moins lourd. Par ailleurs, savoir que nous avons un minimum d'influence positive ailleurs nous aide grandement à construire et consolider notre assurance. En retour, l'assurance que nous dégageons nous aide beaucoup dans les débats.

L'approche du tigre tapi: C'est une façon amusante, peut-être, d'illustrer un principe que nous envisageons peu. J'ai remarqué que trop souvent, nous avons tellement intériorisé notre position minoritaire que nous sentons que la responsabilité de démontrer la justesse de nos positions échoit uniquement à nous. Quand nous entendons une affirmation qui nous semble problématique, nous nous empressons de déclarer qu'elle est fausse, puis nous nous appliquons aussitôt à dire en quoi elle l'est. Nous faisons comme si les seuls points qui devaient être prouvés étaient les nôtres. Nos interlocuteurs se trouvent alors dans l'agréable position de renchérir en nous offrant un barrage de questions nous confinant dans une position défensive, tout confortables sont-ils dans leurs propres croyances. Rappelons-nous. Nous représentons des positions minoritaires qui vont souvent à l'encontre de notions de sens commun. Nous avons tout un paradigme à défendre. Eux jouissent de toute la force que procure la conviction d'avoir l'évidence de leur côté.

En jouant du «tigre tapi» ;), nous reversons la dynamique. Une personne dit une énormité. Réaction, pas de dire «ouache c'est faux», pas de dire «c'est pas vrai ça parce que...», mais plutôt de demander, de façon très posée : «Qu'est-ce qui t'amène à cette conclusion?». La personne sera sans doute saisie, parce que si elle exprime une position dominante, on lui aura sûrement rarement demandé des comptes sur ses affirmations. Elle sortira alors fort probablement ce qu'elle estime être une explication plausible, mais toutes les chances sont qu'elle soit superficielle.

Par exemple:
A: «l'homosexualité est une maladie»
B: «qu'est-ce qui t'amène à dire ça?»
A: «bin, tous les experts le disent».
[note: ceci est problématique à plusieurs niveaux:
Ce ne sont pas «tous» les experts qui le disent, même si certains persistent effectivement à le croire.
Les associations des psychologues, des psychiatres et des psychanalystes nord-américains (par exemple) précisent qu'il ne s'agit pas d'une maladie.
Même s'ils le disaient effectivement («tous»), en quoi leurs propos seraient-ils justes?
*Ce qui est compliqué avec tout ça, c'est qu'il serait possible de relancer la personne A avec plusieurs questions.]
B: «j'aimerais justement savoir trois choses là-dessus:
1) où avez-vous vu que «tous les experts le disent?»
2) pourriez-vous me nommer certains de ces experts?
3) sur quoi ces experts se basent-ils pour affirmer que l'homosexualité est une maladie?
Entre toi et moi, il y a très peu de chances que la personne ait réellement lu sur le sujet. Elle aura peut-être «entendu parler de», peut-être se souvient-elle d'une ancienne rubrique de psy publiée dans un journal.

Il y a des chances qu'elle se braque, qu'elle soit déstabilisée parce qu'on lui met dans la face les procédés chambranlants par lesquels elle en vient à détenir les idées fausses qu'elle a. Peut-être voudra t-elle renverser la dynamique et mettre l'importun dans la position défensive qui lui revient. C'est la que la position du tigre tapi a toute son importance ;) Comme nous n'avons pas préalablement exprimé notre opinion, nous avons tout le loisir de nous abstenir de le faire, le temps que la personne qui vient d'émettre son énormité commence par s'acquitter de la tâche de démontrer la justesse de ses propos. Nous pouvons dire, par exemple: « que nous allons éventuellement partager notre point de vue et assumer la responsabilité d'en prouver la valeur, mais nous voulons que la personne qui vient d'émettre ses propos les explique complètement».

Tenir cette position est très intéressant. Au-delà du braquage initial, il est fort probable que la personne s'empêtre dans ses arguments. La position défensive lui sera d'autant plus inconfortable qu'elle ne sera pas habituée à l'assumer et n'y sera pas préparée. Il est possible qu'elle abandonne le débat. Si elle va jusqu'au bout de ce dont elle est capable et que ton tour vient finalement, il y a peu de chances qu'elle demeure dans la position initiale de force qu'elle occupait.

Certes, il est probable qu'elle fasse preuve de mauvaise foi et qu'elle patine. C'est là que le ton neutre aide. Il est idéal de laisser le moins possible paraitre nos propres positions. D'une part, nous réduisons le risque que la personne ajuste ses propos afin d'éviter de se retrouver coincée dans ses incohérences. Si elle sait ce que nous allons lui demander, elle va mieux prévoir sa défense. Par ailleurs, si nos questions ne sont pas trop offensives et émotives, elle sera plus encline à partager honnêtement ce qu'elle pense. Évidemment, comme nous remettons en question certaines croyances de sens commun, il est possible qu'elle se doute que nous possédons une perspective opposée à la sienne.

L'attitude zen: une personne particulièrement émotive, sauf peut-être les hommes qui frappent du poing sur la table et s'imposent de tout leur non verbal gagnera rarement des points dans un débat. Elle renforcera à son insu l'idée préconçue selon laquelle les personnes ayant des positions minoritaires sont plus subjectives. Leur jugement est biaisé par leur émotivité. Ils se laissent emporter par leur passion alors leurs propos ne sont pas solides.

Garder son calme alors que l'autre personne s'emporte change la dynamique du débat et nous met - sauf exception - en position de force. Les observateurs du débat seront plus enclins à nous accorder du crédit pour noter position. Si nous sommes calmes et dégageons de l'assurance, notre interlocuteur se sentira également davantage la responsabilité de prouver ses points. Toute la confiance qu'accorde le sentiment d'avoir raison parce qu'il colporte une «grande vérité du monde» s'en trouvera affaibli.

Surtout, c'est une attitude qui peut être particulièrement satisfaisante pour nous et pour notre estime de soi.

Entretenir une multiplicité des avenues d'expression facilite grandement l'attitude zen. Nous pouvons alors nous mettre quasiment à jouer avec la situation - bien qu'elle demeure effectivement sérieuse en soi. J'aime me mettre, à l'occasion, en position «d'observatrice». Non pas observatrice dans le sens de passive et non engagée. Mais dans ma tête, je me mets dans cet état d'esprit. J'entretiens une curiosité réelle. Je suis curieuse de voir qu'est-ce que la personne m'ayant sorti une énormité va dire si je la relance avec telle ou telle question. Je suis curieuse de voir jusqu'où je peux la «pousser», jusqu'où je peux la faire creuser dans son argumentaire. Je suis curieuse de savoir si elle va me sortir des originalités, ou si elle va sortir les mêmes arguments que les autres partageant sa position ont l'habitude de fourguer.

L'état d'esprit zen de l'observation est peut-être une «stratégie de survie», par moments, mais elle ne s'y limite pas. En entendant l'interlocuteur, je prends des notes. Je pense à ces autres moments où je pourrai m'exprimer et j'utilise les informations recueillies pour mieux étoffer certains de mes arguments. Je pourrai, dans quelques textes ultérieurs, prévoir davantage d'objections possibles et fournir d'office les réponses. Je pourrai également mieux comprendre où sont les points coriaces de résistance. À quels principes sous-jacents les interlocuteurs s'accrochent-ils davantage? Sur quel point devrai-je donc davantage travailler. Quelles pourraient-être les raisons de ces résistances? Etc, etc.

Par ailleurs, placer - poliment - la personne devant ses contradictions l'encouragera peut-être à réfléchir à ce qu'elle a dit. Probablement pas devant nous, ego oblige, mais plus tard, lorsqu'elle sera seule avec elle-même.

J'ai déjà eu la jouissance d'échanger avec mon oncle qui jouait les ti-jo connaissants lors d'une rencontre de famille. Tout sympatique soit-il, je sentais qu'à ses yeux j'étais encore la petite nièce. Il discourait sur plusieurs réalités de la vie, prenait tout le plancher, coupait la parole de mes cousins et de moi-même. Ce faisant, il supposait qu'il disposait de plus de connaissances que nous sur ces sujets en raison de son âge. Il supposait également que mes formations en anthropologie et en sociologie (jusqu'au niveau doc) ne m'apportaient rien de particulier en cette matière ou ne faisait pas le poids avec la «sagesse» de l'âge. Je n'aime pas avoir à me prouver. Je ne comptais pas non plus lui donner l'impression que j'avais besoin de son approbation et de sa reconnaissance. Résultat: j'adoptais l'approche zen, semi-détachée.

Plus tard, un cousin et moi jasons. Il me demande éventuellement quel est le sujet de ma thèse. Je commence à expliquer alors que mon oncle arrive. Immédiatement, il se met à partager ses réflexions sur le sujet. Dans son cas, il est convaincu que l'homophobie chez les jeunes garçons est «naturelle». Même si j'abhorre cette position, je décide d'adopter une approche différente. Il se trouve, en fait, que je suis très curieuse de voir comment il va construire son argumentaire. Sans mentionner ce que je crois personnellement et en conservant un calme serein, je lui pose une série de questions. C'était intéressant de voir comment son raisonnement fonctionnait. Seulement, il a fini par perdre patience. À plusieurs reprises il avait cru me fournir l'argument final, mais il y avait toujours façon de le relancer dans ses «évidences». Il s'est levé, puis est revenu s'excuser. Il croit peut-être encore à cette idée d'homophobie naturelle chez les jeunes garçons, mais au moins elle a été ébranlée. Ce qui est un premier pas. Également, la relation entre nous a commencé à se redéfinir, ce qui, au-delà de l'enjeu du débat, une autre «bataille» importante à mener.

Les discussions seront beaucoup plus enrichissantes à mesure où les pratiques respectueuses et non-hiérarchiques s'étendront. D'office, les discussions entreprises dans des positions inférieures mènent généralement pas à grand chose. Changer le cadre de la discussion, c'est améliorer les probabilités pour les perspectives minoritaires d'être mieux entendues.


Alors voilà, finalement. Je ne pousserai pas l'indécence jusqu'à dire «bref» ;) Ça m'a pris quelque temps avant de pondre le tout. À vrai dire, ce n'est pas très sage de ma part de l'avoir fait, puisque je suis dans le gros jus sale. Mais bon, des fois j'ai besoin de me sortir quelques trucs des tripes pour prendre soin de ma santé mentale ;) Si t'as le goût d'échanger davantage sur tes réflexions ou tes propres stratégies discursives, je serais bien heureuse de les entendre! Il est possible néanmoins que ça me prenne un peu de temps avant de te répondre. Je serai en train d'éteindre d'autres feux.

En espérant que ça se passe bien de ton côté!

Au plaisir,

Aislingtheach

Les richesses de la diversité sexuelle

Glas gaelach
Oui, oui! C'est moi, après plusieurs mois d'absence. ;) Je ne sais pas si je reviendrai souvent, mais l'occasion s'y prêtait. Je suis toujours bien occupée avec l'université, je suis comblée d'être avec une femme extraordinaire, je ne pourrais demander plus. Bon, il y a finalement des postes de prof qui planent à l'horizon. Finalement. Du moins c'est à suivre.

Voila en fait ce qui m'amène. Le 10 janvier dernier, sur le site cyberpresse.ca du quotidien de Québec Le Soleil, un texte critiquant vertement la politique de lutte à l'homophobie du gouvernement du Québec a été publié. Écrit par quatre philosophes (à la retraite), il mettait en lumière le gros fond crasse de l'hétérosexisme.

En même temps, il relevait ce qu'énormément de gens pensent dans leur fort intérieur, malgré tout. Malgré les belles intentions, malgré les volontés sincères d'afficher du respect ou d'être allié-e-s. Il touchait au roc qui se trouve sous la poussière et la terre des préjugés brutes se prêtant davantage à l'excavation. Ce roc dont la densité est égale à l'assurance avec laquelle certaines idées sont annoncées comme «allant de soi», «évidentes», de «gros bon sens». Qui elle est tout aussi égale aux rôles centraux que jouent certains mythes dans la constitution de soi.

Pas évident de répondre à ça avec un simple «bla». C'est impossible en fait. Pour défaire un paradigme, il faut en présenter un autre et ceci demande énormément de temps. J'ai essayé de naviguer là-dedans aussi bien que je le pouvais. Sérieux les ami-e-es, j'ai réussi à pondre une réplique qui n'était pas plus longue que le texte original ;)

Seulement, Le Soleil ne l'a pas publiée. Je n'ai pas pu sauter assez vite sur l'affaire, ou bedonc ils n'ont pas aimé. Histoire de dire que je n'ai pas passé plusieurs heures à écrire la chose en vain - et à recevoir les généreuses contributions de trois gentil-le-s lecteurs-trices pour rien, je vais vous le partager ici.

Mais avant, si certaines personnes aimeraient consulter le texte original, intitulé «Un plan de lutte contre l'homophobie méprisant pour la population», le voici.

Puis voila ma réponse:

Les richesses de la diversité sexuelle

La lettre de MM. John White, Gérard Lévesque, Charles Cauchy, Maurice Cormier est une excellente opportunité de répondre aux arguments dont ils se font les porte-parole et auxquels ils ne sont pas les seuls, en toute honnêteté, à adhérer. En tant que femme lesbienne, ce n’est pas la première fois que je les entends et ils me sont parfaitement familiers.

Je comprends, d’une certaine façon, ce cri du cœur des auteurs. C’est celui qui se manifeste chez beaucoup de personnes faisant partie d’un groupe majoritaire ayant joui pendant longtemps du pouvoir de définir le monde qui les entoure. Elles apprennent avec désarroi, voire colère, que des personnes d’un groupe minoritaire ne partagent pas la vision qui leur semble aller de soi et sur laquelle repose une bonne partie de l’estime qu’elles se vouent. Dans ce contexte, toute critique à cette vision est vécue comme une atteinte à leur intelligence et une attaque à ce qu’elles valent.

Certes, ce n’est pas parce qu’une minorité a une perspective différente de celle de la majorité que cette perspective devient automatiquement valide. À l’inverse, toutefois, le fait qu’une opinion soit partagée par une majorité de gens – ou même la totalité de la population – ne la transforme pas en vérité. La Terre ne serait pas plate quand bien même tout le monde y croirait. Avancer l’argument selon lequel une perception est vraie parce que plus répandue constitue donc un sophisme, soit celui de l’appel à la popularité.

Reste à résoudre le cœur de l’enjeu, soit celui de la compréhension qu’on a du vivant et de la sexualité. À cet égard, le fait qu’il existe, au sein du vivant, un processus permettant l’apparition de générations nouvelles est indéniable. Cependant – et la nuance est beaucoup plus grande qu’elle n’en paraît de prime abord –, c’est une toute autre chose d’affirmer que «Le but de la ‘Nature’ (ou de la ‘Vie’) est la reproduction des espèces». Parler en termes de buts ou d’objectifs, c’est postuler une intention d’origine émanant d’une entité pensante et réfléchissante. Or, s’il est permis d’en faire un acte de foi, ce n’est certainement pas un raisonnement scientifique.

Dans l’impossibilité d’entrer en discussion avec la «Nature» - ou même de démontrer son existence comme entité réfléchissante -, il sera donc impossible de déterminer si elle a des buts et objectifs ou si parfois elle commet des «erreurs» (soit les «étranges» que sont les personnes bisexuelles, gaies, lesbiennes, intersexuées ou transgenres), se fourvoyant ainsi dans les recettes dont elle seule a le secret.

Je vois bien comment mes propos risquent de choquer profondément. Nous cherchons tous et toutes à donner du sens à notre existence et construisons une partie substantielle de notre estime de soi sur le sentiment que nous sommes utiles au monde qui nous entoure. D’où le fait qu’une fois Dieu chassé – de certaines sphères, disons –, le «naturel» l’ait remplacé au galop dans le cœur de plusieurs. Je comprends cette recherche de sens et de validité, de même que le fait que tout principe ou valeur soit invariablement fondé sur un acte de foi. Seulement voici, je considère qu’il faut être extrêmement prudent dans la pratique de ces actes puisque selon le mien, il est important que toute personne humaine soit investie de la même valeur. Ce n’est qu’à l’aune de sa soif d’égalité et des gestes de solidarité qu’elle pose envers son prochain qu’elle devrait être jugée et elle ne devrait pas chercher à établir son estime personnelle sur un sentiment de supériorité par rapport à d’autres.

Malheureusement, notre passé et notre présent ont connu une succession de situations où différents groupes sociaux ont confondu respect à leur endroit avec reconnaissance de leur soi-disant supériorité, et toute critique de cette prétention est présentée comme un préjudice commis à leur égard. L’histoire des revendications des femmes, des Noir-e-s, des immigrant-e-s, des Premières nations, des pauvres ou des personnes vivant avec un handicap – pour ne nommer que ceux-ci – le démontre amplement. Elle démontre du même souffle comment plusieurs membres de groupes majoritaires ou dominants accordent facilement leur conscience avec une profession de respect plutôt partielle à l’endroit de ces groupes minoritaires. Ils ne réservent leur indignation qu’aux actes les plus vils dont ceux-ci sont la cible, mais s’accommodent fort bien de la douleur que suscite l’infériorisation plus ou moins subtile qu’ils leur réservent à travers le quotidien.

Ce qui facilite cette infériorisation est le fait qu’elle soit toujours fondée sur de soi-disant évidences et du prétendu gros bon sens. Pendant longtemps, et encore aujourd’hui pour certains blancs, il fut évident que des races biologiques existaient et que celles-ci s’organisaient hiérarchiquement. Affirmer le contraire était pure folie. De même que la supériorité des hommes sur les femmes crevait les yeux – et les crève encore pour certains. Il faut savoir que l’observation, même scientifique, est souvent influencée par les références culturelles de la personne qui observe. Ainsi Darwin a-t-il pu s’extasier devant le «merveilleux» instinct «esclavagiste» des fourmis et une gamme de biologistes ont-ils pu qualifier «d’aberration» les rapports sexuels entre animaux de même sexe.

Oui, un grand nombre de personnes, des majorités même parfois, peuvent se tromper. Et le leur souligner n’est pas un acte de mépris, mais de justice. D’autant plus qu’à ce que je sache, cette critique ne torpille pas l’entièreté de leur faculté de jugement puisque celle-ci ne s’arrête pas à l’opinion qu’elles se font du groupe minoritaire ou discriminé dont nous faisons partie.

Lâcher prise sur cette infériorisation serait pourtant si prometteuse. Il y a une richesse à reconnaître pleinement la validité de l’amour et de la sexualité entre personnes de même sexe. Le fait qu’elles puissent s’aimer et s’épanouir ensemble est un exemple au monde hétérosexuel du fait qu’il soit possible de vivre et de fonctionner à deux sans être confinés d’office à un rôle précis selon son sexe. Il devient ainsi plus facile d’évoluer selon ses affinités propres et d’entrer en relation égalitaire avec une autre personne. Cela requiert certes de la communication et peut faire peur au départ, mais on gagne en humanité lorsque les relations qu’on entretient avec d’autres, qu’il s’agisse de personnes aimées ou appartenant à d’autres groupes sociaux, se dépouillent progressivement de rapports de pouvoir obligés.



N.B.: À certains endroits, j'ai tourné les coins un petit peu rond. Pas évident d'essayer de rendre avec finesse certains concepts qui ne sont pas familiers pour une bonne partie de la population et ce, dans un court texte.

Edit: Le Soleil n'a pas dû aimer, car je viens de voir qu'ils ont publié une réplique ce soir.
Glas gaelach
C'est bien chargée de Moose Milk que je vous souhaite tous et toutes une merveilleuse nouvelle année!! :D

Quote from André Gorz

Glas gaelach
«We have no words to speak about our oppression, our distress, our bitterness, and our revolt against the exhaustion, the stupidity, the monotony, the lack of meaning of our work and of our life, against the contempt in which our work is held; against the despotic hierarchy of the factory, against a society in which we remain the underdogs and in which goods and enjoyments that are considered normal by other classes are denied to us and are parceled out to us only reluctantly, as though we were asking for a privilege. We have no words to say what it is and how it feels to be workers, to be held in suspicion, to be ordered around by people who have more and who pretend to know more and who compel us to work according to rules they set and for purposes that are theirs, not ours. And we have no words to say all this because the ruling class has monopolized not only the power of decision-making and of material wealth, they have also monopolized culture and language.» [emphasis his, not mine]

Gee, I would love to know which of his books contains this passage.

It's an intro quote for a chapter of the book «Justice and the Politics of Difference», from Iris Marion Young. But oddly, I do not see the source.
Glas gaelach
Oh, and I should add the following.

Do. Not. Expect. Me. To. Nod. And. Smile when you go «You Know» smile-smile-wink-wink «Your Friend».

In french and english, we usually make distinctions between friends and lovers and boy/girlfriends and partners and wives/husbands, and we do not use smiles and winks to convey them. We just use simple worlds like, well, you know, "friend" and "lover" and "boy/girlfriend" and "partner" and "wife/husband".

If you are heterosexual, that is.

Then, you can stay cozy with the privilege that your loved one will NEVER be equated to a "friend" (unless, maybe, we really did not know beforehand the nature of your relationship) or to one of the "special" sort.

No. You will not even have to push your little finger to have your relationship be recognized. Its intimacy and love and affection and sexuality will not be silenced by ambiguous "You know, your friend"s, told in this sort of contented self-assurance, as if nothing wrong had just been said.

I have a good bunch of friends. And let me assure you I do not experience emotions or do things with them that I experience and do with my girlfriends. I love my friends, but I am not in love with them. I can be affectionate with my friends, but I do not make love with my them.

This f***g double standard, when it comes to same-sex relationships, speaks volumes.

While heterosexuals live pure, transcendental, sacred, full-fledged love and sexual attraction, we experience a pale copy of it. Ours, apparently, is very, very, very good friendship.

Oh, and how funny! When we point out the double standard to those who make use of it, their brains warp and distort. They suddenly go into the "this is not what I meant" mode [so, what, is it that you do not "really mean it" when you casually mention your heterosexual friends' spouses and boy/girlfriends and lovers, instead of calling them "You know" smile-smile-wink-wink "your friend"s ?]. Or they go in the "It is not true that there is a problem" mode. Their brain forgets that every. other. frigging. time. they will not mistake other (heterosexual) people's partners for their "friends". They do. not. register that lots of heterosexual people around them will directly name heterosexual partners in unequivocal terms, and then turn around and mention gay or lesbian's "friends" almost with the same breath.

No. They will argue with you about your own frigging knowledge of your own frigging situation.

To those heterosexuals, Think About This: What is the probability that, when talking with your heterosexual friends, they will mention their gay or lesbian friend's "friend"? And now, what do you think is the probability that, when talking to me, a heterosexual person evokes my smile-smile-wink-wink "friend"? I'll give you a clue: the latter will happen more often. Not clear yet? When two heterosexuals meet, they are not in contact with gay reality each and everytime. Sometimes, they may think of this lesbian friend or family member or other. When a heterosexual person is talking to me, she or he is in contact with gay reality every single time because, duh, I am lesbian. So the chances that a "(special)friend" will come up are... yes, you got it, more frequent. So I get to witness and experience and be subjected to, more often than you do, the f***g double standard. And you know what? I do not always have a heterosexual friend alongside me as a second witness to the scene - besides, of course, the interlocutor. So. you. have. to. believe. me. and. not. go. into. defensive. denial. mode.

Also, do. not. tell. me. I. am. making. a fuss. You have no idea, what it means. You have to put this double standard in context. You have to stop atomizing the f***g thing and considering it in an isolated manner. Think Water Torture. One drop? Doesn't matter. Who is going to suffer from and make a fuss over one drop on the head? Nobody, for good reasons. Now, think one drop, and another, and another, and another, and another, and another, and another, and another, and another, and another, and another, and another... get the picture? And then put it in a context where heterosexuality is constantly and routinely praised to the skies (cartoons, movies, publicities, songs, novels, public displays of affection, etc, etc, etc - I am keeping it at that here because that could be the matter of another essay) while sexual diversity generally is silenced - even though it fortunately begins to be recognized. Reconsider all those "little drops" and put them in that perspective. Now persist in telling me I am making a fuss. You'll see a friendship break as quickly as... a wink.

Yes, there are still some lesbians and gays and bisexuals who themselves use "my friend"s for their partners. If it is out of an interiorized double standard, I really have a hard time with that and will discuss it with them (although I cannot and will not blame them for heterosexism). If they are using it as a protection strategy, I really understand. But here's the Golden rule: listen to what the person says. Once she or he is out to you, most of the times, she or he will use non-equivocal terms. And when you listen to me, you will never hear me say "You know" smile-smile-wink-wink "my friend". No, I'll be plain and casual and I will never tip-toe around words.

And one last thing. If you evoke my (ex-)girlfriend(s) with your smile-smile-wink-wink "friend" because you do not want your kids to simply and casually hear "your girlfriend", do not invite me over to your place. I won't accomodate your prejudices, your discomfort and your double standards.

No More F***g Mrs Nice Lesbian

Coherence
Arrrhhhhhh - Ostie de câlisse de tabarnak de saint-sacrament d'estie de cibouère!!!!!! :(

I wonder. Why is it that I keep playing Mrs Nice Lesbian with people who are in denial about their heterosexism? Why? Why? Why?

Why is this still my default setting until you push, and you shove, and you push me again??

Explaining things? I don't mind. I'll gladly do LGBT101 almost anytime. If I feel you really are respectful and listening I'll be patient and open. I'll share thoughts, emotions, whatever sphere is necessary. You can tell me you feel you have prejudices and we'll start from there.

But do. not. go. into. convoluted. denial. mode. Do. not. try. to. say. «this is not "really" what you meant», «that you do not "really" see a difference», but yet «you would "still" prefer your kid to be heterosexual because that is "better"», but that «"better" did not mean "superior"», but «if my twelve year old kid came to me and said he was gay I would tell him he is too young too know [while not mentioning to your twelve year old kid coming to you and saying he has a girlfriend (because of course heterosexuals never have to come out since sexuality is by "default" heterosexuality) that he is too young to know he is heterosexual]» but «no, I would just act the same, it is too young too live something sexual at that age [arrrr, why not just say that instead of mentioning the too young to know excuse only if the kid mentions he is gay]».

Do. not. say. «Yes I am heterosexist, but no, I do not consider heterosexuality to be superior». Do. not. tell. me that «you would say nothing against homosexuality to your kid, yet consciously address him/her only as if he were heterosexual» and insist that «this does not constitute a double standard».

You can tell him that there are more chances he will grow to be heterosexual, and a small probability he/she'll either be homosexual or bisexual. Fine. That's not imposing or presenting one as better. Only more/less frequent.

When I go in schools, it is far easier for me to be zen. Even if I have to deal with some stubborn types steeped in denial, I will not have to suffer them for long. After the session I will be out of their class forever and I will never have to see them again (except for rare, rare circumstances).

But when stubborn heterosexism comes from people you love, people you are close to - like friends and family - or people you are starting to get close to - as friends in becoming -, it hurts like hell.

And it is too fucking easy to say that we-take-it-too-personally-and-we-should-not-take-it-so-personally-because-the-person-does-not-mean-to-really-hurt-you/us when you NEVER have experienced even ONCE in your life your love being devalued because you are heterosexual. Sexual orientation is not what you order on the menu. Nobody cares if they're told their taste, say, in peenut butter is ridiculous, because peenut butter is not at the center of our lives. But love and sexuality are, for the vast majority of people, regardless of their sexual orientation. If I tell you your heterosexuality is problematic but assure you that I have nothing against you, only against your "behavior", you will not feel relieved and unconcerned. You will not feel I am not attacking who you are, but only what you do, as if it was something you would observe from afar, an external part of your self.

For some years after my coming out, I have been particularly patient, even in front of denial and bad faith. But having to do one's own mother, one's own father, one's own grandparents, one's own oncles and aunts, one's own cousins, one's own therapists/psychologists and one's own heterosexual friends education eventually takes its toll. I am Fucking Fed Up about either having to patiently wait until people's resistances wane, or bore through every tiring inch of it.

So you know what? I'm done.

No more fucking Mrs Nice Lesbian.

You can tell me you are uncomfortable. You can tell me you find it hard. If you really are making an effort, I can bear it out. But if you play stubborn denial with me, I'm out. Do not expect any friendship. I'll stay polite, but distant. I don't want to open myself up and hurt myself all the more. Been there. Done that enough.
Glas gaelach
Since economics have been (con)fused with capitalism to the point of being considered one and the same, and since the creation of its «homo oeconomicus» pet (that is, «men» being conceived as rational, cost/benefit calculating beings) we've been set up for major trouble.

Here's a nice satire from Tom Tomorrow (you can click on it to view it better):



On another note: I just met a colleague a few minutes back and she told me that students who went through my first methodology class did a great job in hers. She said she was admirative of what I had done. Yay :D However I was pretty surprised by her comment since in my opinion I did not do a great job. So:
Either her standards are not high and I did a medium job
Or her standards are somewhat high and I did a better job than I thought.
- or some combination thereof (you can imagine the varying degrees)
Anyways, I won't sit on my arse with the praise. I see room for improvement, so improvement it will be!

Quand on se crisse de la traduction...

Glas gaelach
Hier, j'ai vu mes amies Sam et Audray. Comme à l'habitude, nous avons eu des discussions super intéressantes avec quelques moments fort amusants. Au moment de parler d'erreurs de traduction, Sam nous a sorti la désopilante «Revendeur de drogue de neige» pour Snow Pusher. Oui, oui. Intriguée, j'ai fait quelques investigations...

et oh ma foi je suis tombée sur des perles!

Visiblement, ya bien des compagnies qui se crissent royalement de la traduction. C'est à se demander s'ils pensent que nous ne verrons que du feu à leurs correcteurs automatiques. Alors voici:



Pour un déguisement de l'Halloween:


Pour des écouteurs?:


Pour un brasseur de cartes:


Et finalement, pour un je ne sais pas quoi:

Quelque chose pour se changer les idées

Glas gaelach
Juste comme ça, pour décrocher.

Glas gaelach
It's not a black or white thing. There are, definitely, nice folks working in corporations. However, the higher up we go into a hierarchy, the more problematic it becomes.

I must admit, greenie_breizh, that this has decisively cemented my support for bio:

Controlling our food

Le monde selon Monsanto

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